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Du nouveau dans les partenariats pour la fibre optique

Après les accords avec SFR et Free, le partenariat conclu mardi par Orange avec Bouygues Telecom pour déployer la fibre optique, en ville et dans les zones peu peuplées, permet de coordonner la mise en chantier de réseaux qui devront couvrir 60% du territoire d’ici à 2020.
“Signer en six mois des accords avec les trois principaux opérateurs concurrents, c’est un peu comme faire le Grand Chelem de la fibre” optique, s’est félicité Pierre Louette, directeur exécutif et secrétaire général d’Orange, dans un entretien à l’AFP.

 De son côté, Bouygues Telecom a souligné le fait qu’il était “le seul des trois opérateurs à avoir signé avec Orange un accord +global+, c’est-à-dire concernant l’ensemble du territoire et non pas seulement certaines zones”, selon son secrétaire général, Didier Casas

En juillet 2011, Orange et Free (groupe Iliad) avaient conclu un accord pour cofinancer les réseaux de fibre optique dans une soixantaine d’agglomérations situées dans des zones peu et moyennement peuplées.
En novembre, c’était au tour de SFR de nouer un partenariat avec l’opérateur historique, afin de se partager le déploiement de la fibre dans 10 millions de foyers situés en dehors des grandes villes, où leurs projets de développement se recoupaient souvent.
Le ministre de l’Industrie, Eric Besson, s’est “félicité” dans un communiqué de ce nouvel accord, rappelant qu’il avait “fixé l’objectif en juillet que les quatre principaux opérateurs coinvestiraient dans le déploiement de la fibre dans les zones les moins denses du territoire”. “Cet objectif est désormais atteint”, a souligné M. Besson.
Selon les termes du partenariat annoncé mardi, dans les zones “moins densément peuplées” que les grandes villes, Bouygues Telecom a souscrit à l’offre proposée par Orange aux opérateurs tiers pour l’accès à ses réseaux de fibre jusqu’au foyer (dite “FTTH”, “Fiber to the Home”).
“Cette offre permet la mutualisation des réseaux, en laissant le choix à l’utilisateur final de son fournisseur de services. L’accord permettra à Bouygues Telecom d’étendre sa couverture à un nombre significatif de communes représentant potentiellement 8,9 millions de foyers supplémentaires”, a précisé Bouygues.
Concernant les zones dites “très denses” -soit une centaine de communes ayant une forte densité de population-, Orange fournira à Bouygues Telecom “une prestation de partage de ses réseaux en fibre optique sur le segment qui dessert les immeubles”, soit la partie du réseau entre le noeud de raccordement et le pied des immeubles.
La cible potentielle de cette deuxième partie du partenariat est de 1,7 million de logements.
“Ce partenariat nous permet d’envisager très positivement notre déploiement du très haut débit sur tout le territoire, et de concrétiser notre ambition d’être incontournable sur ce marché du très haut débit fixe en France”, a résumé M. Casas.
Grâce à cet accord, “nos investissements seront rentabilisés plus vite, on a déployé de la fibre et on va encore en déployer, et il y a toujours un peu de fibre excédentaire dont on peut vendre l’usage à des concurrents, cela nous crée une ligne de revenus”, a indiqué pour sa part M. Louette.
“Après une année 2011 consacrée au cadre réglementaire et à la conclusion d’accords, 2012 et les années qui suivent seront des années d’exécution pour mettre en oeuvre ces accords”, a-t-il résumé.
Les opérateurs français, Orange en tête, se sont engagés à rendre éligibles à la fibre optique 60% des logements d’ici à 2020.

Fin annoncée d’Alice Initial : quel forfait internet à bas prix ?

L’offre Alice low-cost est morte, vive les autres offres ! En pleine trêve des confiseurs et alors que le secteur voit ses lignes bouger avec la nouvelle Freebox Revolution et la hausse du prix des abonnements en raison de la TVA (ou pas, comme le justifie Numericable au risque de fâcher ses abonnés) a, voici un nouvel élément qui montre combien le secteur des télécoms et de la fourniture de l’accès à internet reste dynamique.

Cela change t-il quelque chose ? L’arrivée de la Freebox v6 n’a t-elle pas assez secoué le secteur ? Pour les geeks un tant soit peu fortunés, probablement pas (voir notre analyse du positionnement de Free à la suite de cette Freebox). Pour le grand public pour qui le prix est une vraie donnée de choix, plus vraisemblablement. Car avec la hausse de la TVA et des abonnements chez tous les opérateurs, il ne reste plus grand monde pour ceux qui n’ont pas les moyens ou pas l’envie de débourser trop pour un service qu’ils utilisent avec modération.

Mon schéma recense donc, après une exploration « à la mano » des différentes offres des opérateurs (tentez de rassembler ces données rapidement, vous verrez qu’il sera déjà le lendemain tant tout cela est organisé de manière à nous égarer).

On peut, si l’on veut économiser au maximum et qu’on ne se sert pas de toutes les fonctionnalités des box actuelles, opter pour des offres 1P ou 2P (P pour Play), c’est à dire ne pas prendre la TV le plus souvent. On notera avec un amusement certain que le 1P (Internet seul) de chez Orange est plus cher que le 3P le moins cher de Numericable.

En offre triple-play, c’est à dire une box « classique » qui vous offre internet, la téléphonie et la TV, il ne reste donc plus qu’un seul acteur qui, malgré le surcoût à attendre à partir du 1er février (date à laquelle la plupart des opérateurs augmenteront leurs abonnements), reste très compétitif par rapport aux autres offres « low-cost ».

Fantasfibre

 

Quelles limites pour la Freebox v6 ?

A moins d’habiter sur la planète Mars, vous avez forcément entendu parler de la nouvelle Freebox v6, qui a fait l’objet la semaine passée d’une communication bien orchestrée par la maison mère de l’opérateur, Iliad, et menée tambour battant par un Xavier Niel que certains ont rapproché de Steve Jobs. Plutôt flatteur, et assez significatif de l’avance considérable prise par Free en termes de communication et de relations aussi bien avec les internautes (voir leur premier Concept store à Nancy, tenue par la « communauté » des abonnés, c’est inédit, étonnant… et économique pour rester poli) qu’avec la presse (la fameuse invitation mystère).

Ne pas essayer à la maison

Le déploiement du lancement était en tout cas à la hauteur de l’enjeu, puisque Free joue là une carte importante, si ce n’est son plus gros dernier atout avec la véritable bataille qui se déroulera en 2012, au moment où Free devra assurer le rôle de 4e opérateur mobile en propre (aux côtés d’Orange, SFR et Bouygues Telecom, qui sont les trois seuls à pouvoir proposer aujourd’hui les fameuses offres « quadruple play », qui combinent le classique TV+téléphonie fixe+internet en ajoutant la téléphonie mobile). Et ce après une année riche en déconvenues qu’illustre bien la perte pour le “trublion” de la 2nde place parmi les opérateurs au profit de SFR.

J’analyserai donc ce lancement dans la perspective de 2012 et de ce que cela implique en termes de positionnement.

Commençons par les menus détails qui m’ont fait réagir.

* Le tout compris peut-il tout assurer ? La guerre culturelle que livre Free aux autres opérateurs sur le thème du tout-compris se poursuit, et c’est plutôt étonnant à l’heure où la concurrence a préféré brouilles les pistes du « triple play à 30 euros » pour s’adapter au plus près des attentes de leurs clients. Ceux qui ne regardent jamais la télévision, ou qui ne téléphonent pas avec la ligne fixe, peuvent trouver facilement des offres « à la demande » ou presque. La nouvelle Freebox v6 se veut intégrale et intégratrice, mais à quel prix ? Il est évident qu’elle ne pourra être « bonne partout », et un simple coup d’œil aux jeux vidéos présentés fait doucement rigoler les hardcore gamers (également cible clé de Free, d’où Rodolphe, Hadopi, etc). Point noir évident du tout compris : si l’un des éléments vient à défaillir, il faut donc tout rapporter, se priver du reste des services. Et si la parade est celle d’une réparation sous 10h, c’est le modèle économique qui risque d’en prendre un coup.

Puisqu’on vous dit qu’elle fait tout !

* Des options inutiles ? Pour faire gonfler le prix, rien ne vaut quelques options clinquantes, qui au final n’apportent à mon humble avis pas grand chose. Le lecteur Blu-Ray HD ? Ceux qui en rêvent l’ont déjà, sans parler du parc de Playstation 3 qui comprend ce type de lecteur. La HD existe aussi en flux pour peu que les débits soient suffisants. Les jeux vidéos « maisons » ? Nous l’avons vu, les propositions sont loin des grandes licences (Call of Duty pour n’en nommer qu’une) et de la « patte » de certains game designers ou grands auteurs (Peter Molyneux et sa série des « Fable »). Côté téléphonie, les connaisseurs du circuit peuvent s’étonner de l’effet produit par l’offre de téléphonie illimitée vers les portables. Si le prix, pour le public, d’un appel d’une box vers un mobile avoisine les  15cts/min (hors mise en relation, en heures pleines), le prix qu’un opérateur reverse à un autre est désormais de 3cts/min… je vous laisse en déduire le faible coût de la proposition pour Free et surtout la marge que tous peuvent en retirer. Autre statistique intéressante, la durée moyenne des appels de fixes vers mobiles est de 13 minutes par mois et par foyer. Proposer un illimité qui ne coûte rien à des gens qui ne s’en servent pas, il fallait un peu d’astuce marketing.

* Hausse des prix et frais d’installation chers. La migration des anciens abonnés, quelle que soit l’ancienneté, coûtera 119,90 euros (“frais d’installation”). C’est beaucoup, beaucoup plus que chez les autres opérateurs, même en l’absence de frais de résiliation. C’est un peu comme la « taxe Baroin-Sarkozy » que Xavier Niel inscrira en sus de la facture, lui permettant de conserver un prix d’appel (faussé) à 29,90 euros dans certains cas.  Pas sûr que ceci fasse illusion longtemps, puisque désormais c’est bien 35,99 euros qui seront dus mensuellement. Il y a moins cher presque partout ailleurs.

Pas de conclusion, à vous de vous faire votre propre idée de la Freebox v6 avec les éléments glanés ici et là, il me semblait important de proposer d’autres points de vue. A noter, dans la même veine, l’article paru sur Ecrans : « Ne pas prendre la V6 pour une lanterne », qui vaut le détour au-delà de l’excellent jeu de mots.

Fantasfibre

Free ou comment “Hadopi m’a sauver le bridage”

Free a décidément l’art de surfer sur les bons plans de communication, il faut au moins leur reconnaître cette qualité, à défaut du reste (je vous renvois à l’un de mes posts précédents concernant les raisons qui ont fait que SFR a doublé Free sur le marché de l’ADSL). Si vous suivez l’actualité de ce passionnant secteur qu’est celui des FAI, vous n’avez pas pu échapper cette semaine à la passe d’armes entre Free et Numericable, deux acteurs qui se sont écharpés au sujet de l’Hadopi.

Bref rappel des fait. L’Hadopi, grand satan des internautes, a commencé à envoyer les mails aux premiers utilisateurs qui sont en infraction. Les opérateurs sont dans une situation complexe face à l’installation de cette autorité, puisqu’ils sont dans l’obligation de relayer les mails de l’Hadopi, ce qui les place en porte-à-faux par rapport à leurs abonnés.

Quelle tactique adopter ? Pour Free, c’est tout vu, la stratégie est de s’opposer (au moins médiatiquement) à l’Hadopi en jouant sur les ambiguïtés d’un texte de loi dont il faut dire qu’il n’est techniquement pas à la hauteur. Les autres opérateurs ont de leur côté suivi un légalisme strict, en relayant les mails de l’Hadopi tout en affichant une gêne, voire une opposition (comme en témoigne la lettre commune des opérateurs au sujet de la facturation de la riposte graduée). Numericable, et Bouygues, ont été les premiers à relayer ces mails. Leur position est plus légaliste (on relaye les mails de l’Hadopi) avec un argument de protection des abonnés qui n’est pas idiot (en gros, si je transmets les mails de l’Hadopi à mes abonnés, je leur permets d’être au courant de ce qui leur arrive, et je peux les aider, à contrario, ne pas les envoyer, c’est leur faire courir le risque d’être pris la main dans le sac à un stade plus élevée de la riposte graduée).

 

Jusqu’à l’épisode de cette semaine, que je tente de résumer. Numericable a envoyé une lettre à l’Hadopi pour dénoncer la stratégie de Free, qui, selon le câblo-opérateur, tente de “tirer un bénéfice concurrentiel” de cette opposition, qualifiée un peu à la hâte (je sens déjà venir la fronde des Freenautes, que je me permets de déminer en leur suggérant d’être franchement moins naïfs face à la bonté supposée de leur opérateur, faut-il rappeler le différend entre Xavier Niel et la communauté du Libre au sujet du firmware de la Freebox ?). Eh oui! En m’opposant au grand satan des internautes, je deviens tout de suite plus attractif.

Ce procédé me fait, je dois l’avouer, franchement rigoler. Ou comment Free se sert opportunément de l’affaire Numericable/Hadopi pour se poster en “chevalier blanc” des internautes, un terme qui revient régulièrement dans les commentaires. Car jusqu’à cette affaire, c’est plutôt Free que l’on soupçonnait de jouer avec les connexions de ses abonnés. Le Journal du Geek titre ainsi avec humour fin septembre “Il a Free, il a l’Internet bridé ?”, reprenant les rumeurs d’un bridage. Les quelques 400 commentaires du billet (excusez du peu !) confirment presque tous la chute du débit de la connexion sur les sites… de P2P, de téléchargement direct (notamment sur MegaUpload) et streaming… des usages précisément ciblés par l’Hadopi.

Quand le sage désigne la lune, l'idiot regarde le doigt

Donc, de deux choses l’une :

1. Soit Free, comme tous les opérateurs, se positionne sur l’Hadopi, mais d’une traître manière, en s’opposant à la surface pour gagner des points auprès de sa cible (les technophiles, comme l’illustre la campagne de pub avec Rodolphe, même si Free en expérimente les limites), et en bridant en coulisse l’accès aux sites sensibles, histoire de dégouter ses abonnés de cet usage, et de les orienter vers sa plateforme de catch-up et de Vod légale (et payante, bien sûr).

2. Soit Free, qui fournit une connexion ADSL (ne venez pas m’enquiquiner, et je suis poli, avec la fibre de Free, tout le monde l’attend depuis 2006, encore une fois, enlevez vous le sable des yeux avant d’ouvrir le feu), prend conscience de la limite de cette technologie qui permet à peine (et selon votre distance du NRA) de visualiser des programmes TV HD, et en limite par bridage l’utilisation sur certains sites, mettant à mal le concept de neutralité du net, cher également au coeur des internautes.

Dans les deux cas, je suis étonné que le coup de com de Free semble avoir marché, en tout cas à en lire les réactions des différents articles (à quelques lucides près). Affaire à suivre dans tous les cas, un retournement n’est pas à exclure.

Fantasfibre

FAI et box internet : le choix de 60 millions de consommateurs

Un nouveau classement des opérateurs, voilà qui devrait continuer d’apporter sa pierre à l’édifice déjà bien complet des différentes évaluations des offres internet/TV/téléphone proposées dans le cadre des forfaits triple play, ou 3P. Pour rappel, les derniers classements qui ont retenu l’attention du web étaient celui de l’Internaute, dans son 16e baromètre des performances des FAI (vainqueur surprenant : Numericable). Cette fois-ci, c’est le magazine 60 millions de consommateurs qui s’y est collé, et le résultat est intéressant, puisque cette publication très suivie recommande dans son podium la BBox de Bouygues Telecom, dont nous avions parlé plutôt négativement en ce qui concerne ses fonctions avancées, la Dartybox, qui repose sur le réseau de Numericable, et justement, quand on parle du loup, le câblo-opérateur, 3e de ce classement.

L’intérêt d’un classement maintenant ? Il est double, selon mon analyse.

  1. D’abord, parce qu’avec la montée en puissance des débits et des nouveaux usages, il est utile de se repérer. Vous voulez jouer en ligne ? Regarder un film en HD ? Profiter des téléchargements ? Alors il vous faut un débit, un vrai. Vous connaissez ma position : l’ADSL n’a plus grand chose à offrir, et même la télé HD passe de plus en plus mal sur de l’ADSL (qu’il soit ADSL 2 ou ADSL + n’y change rien). Donc : la fibre optique, version FTTH pour Orange, Free, SFR, version FTTLA pour Numericable et ses co-contractants Darty, Auchan et Bouygues.
  2. Autre moment particulier de ce test, celui de l’actuelle montée en prix des forfaits 3P. Ah, il est loin le bon temps du “tout compris” à 30 euros, initialement proposé par Free. D’ailleurs, l’offre ne correspond plus vraiment à une demande de plus en plus segmentée (je ne veux pas la TV, mais je veux du téléphone à l’international, etc). En changeant leurs tarifs, les opérateurs vont tous, momentanément, libérer des abonnés généralement captifs d’abonnement à engagement long (sans parler des gênes occasionnées par un déménagement de ligne – si vous en avez un au moins un à faire dans votre vie, vous voyez ce dont je veux parler).

Un bon test, donc, qui tombe au bon moment, et dont je me suis permis de vous scanner le principal tableau comparatif, pour avoir en un coup d’oeil les infos principales. Je vous laisse juge du candidat le plus intéressant pour votre nouvel abonnement…

Fantasfibre

Bbox/quadruple play : l’abonnement des néophytes

Une belle promesse. Voilà ce qu’était la sortie de Bouygues avec sa Bobx et son offre quadruple-play. Quelques neuf mois plus tard, il faut malheureusement employer le passé car les promesses faites n’ont été que partiellement respectées. Si l’offre a indéniablement l’avantage de la simplicité et du prix pour les utilisateurs lambda, la Bbox se révèle un cauchemar dès lors que l’on veut pousser plus avant les possibilités de la machine.

500 000 clients. Bouygues annonçait fièrement, fin mars 2010, avoir convaincu 500 000 particuliers ou entreprises de s’abonner à sa nouvelle offre « Quadruple play », c’est-à-dire triple play + téléphonie mobile. Une réussite ? Commercialement, c’est incontestable. Mais qu’adviendra-t-il dans les prochains mois ? Qu’arrivera-t-il quand Bouygues aura atteint ce qu’il considère comme un quota financier rentable ? Ces offres affichant un tarif très compétitif ne seront-elles pas remises en cause ? Cela étant, avant toutes ces spéculations, la question qui prime reste : l’offre de Bouygues est-elle digne d’intérêt ?

Connexion et très haut débit : l’illimité limité

Pour bien comprendre de quoi il en retourne, il faut tout d’abord connaître le postulat classique des offres incluant l’Internet mobile : le tout illimité est en réalité intégralement limité. Le débit se détériore après 500Mo de données échangées, et le surf après cette limite devient un enfer. Or, 500 Mo, c’est deux heures de télévision mobile, quelques mails échangés et basta !

Une limitation critiquable à plus d’un titre. Pour rire d’abord, on rappellera que TF1 appartient au groupe Bouygues, et que son application est disponible sur les mobiles… Plus sérieusement ensuite, l’Internet mobile dépassera l’Internet fixe dans 5 ans. Un changement majeur qui induit un même bouleversement de la part des opérateurs. Pour l’instant, c’est à se demander si les opérateurs ont bien mesurer cette révolution. Pour profiter pleinement de la Bbox, au moins concernant le mobile, il vaut mieux être « télévisionphobe », donc… Certes, tel est le cas pour tous les opérateurs, mais Bouygues se doit de tenir son rang s’il se revendique porteur d’innovations.

Ensuite, si la fibre optique est prévue pour ces offres, c’est en réalité un leurre. Bouygues ne peut offrir la fibre optique uniquement là où les infrastructures le permettent. L’offre de Bouygues, concernant son très haut débit, sera donc uniquement appréciable par une clientèle réduite à une minorité de la population. Rappelons cependant que Bouygues utilise le câblage de Numéricable pour ses offres Internet, un câblage qui est limité, même s’il progresse et n’est plus cantonné à un petit nombre de grandes villes.

Un prix cache-sexe

Par ailleurs, le prix de l’abonnement, apparemment compétitif, est le résultat d’un habile tour de passe-passe. Indépendamment des habituels frais de location ou d’achat de la box et des éventuels mensualités payées pour rien à cause d’un démarrage douloureux, les 30 euros proposés pour la partie Internet du forfait sont compensés par l’investissement dans la téléphonie mobile.

En clair, maintenant qu’il est acté que les FAI sont en capacité de proposer des offres triple-play à 20 euros par mois (notamment Numéricable et Alice), les 10 euros restant sont soient empochés directement par le FAI soit compensés par une offre de consommation supplémentaire, ici le forfait de téléphone portable. Un forfait grâce auquel les opérateurs peuvent toujours engranger des gains conséquents, notamment en raison des dépassements de forfait (pourtant « illimités ») ; dépassement de la connexion Internet ou dépassement des numéros appelés (129 au maximum par mois).

Par ailleurs le principal argument de vente est d’économiser sur son forfait téléphonique, qui peut parfois dépasser les 70 euros, l’abonnement quadruple-play étant à 99 euros le mois, abonnement téléphonique compris. Mais l’internet mobile de Bouygues n’offre aucun avantage particulier, puisque le débit baisse après 500Mo, à l’instar peu ou prou de tous les opérateurs. Sauf à avoir un forfait dépassant les 60 euros, c’est l’intégralité du nouvel abonnement de Bouygues qui devient peu intéressant, puisque ses autres composantes sont peu ou pas novatrices (Internet + fixe + TV à 30 euros).

Abonnement quadruple-play : aspirine, paracétamol, dictionnaire et patience

Enfin et surtout, la Bbox a tout l’air d’un produit manifestement inachevé. Offrant des possibilités très alléchantes, la box déçoit pourtant dès lors que l’utilisateur sort des sentiers battus, c’est-à-dire du simple surf. Pour profiter plus avant de la machine, seuls les techniciens cadres de Bouygues s’en sortiront. Et encore : il leur faudra avoir un bon tube d’aspirine et être multilingues : la traduction de l’interface est incomplète et explorer les fonctions de routeurs revient à se plonger dans un labyrinthe dont on ressortira exténué, sans pour autant avoir trouvé la sortie.

Si l’ensemble est donc pour partie décevant, l’offre quadruple-play de Bouygues a néanmoins le mérite de pousser à l’écrasement des prix, au bousculement des dinosaures du secteur, et même – rêvons – à l’innovation. Si ses 500 000 clients sont une incontestable réussite, Bouygues n’a cependant aucun espoir de convaincre les technophiles avec sa box outrageusement complexe d’utilisation dès lors que l’on veut explorer les routeurs (moduler sa box devient néanmoins, depuis peu, une fonction permise plus facilement par certains opérateurs).

A l’objectif d’atteindre un grand public grâce à une accessibilité simple, tout en touchant les professionnels ou amateurs passionnés grâce à des possibilités assez avancés, Bouygues s’arrêtent à mi-chemin. Une constatation pas illogique sur le plan financier – le grand public représente le tiroir caisse – mais regrettable sur le plan technique. Gageons néanmoins que Bouygues se rattrapera via les mises à jour qu’elle ne tardera pas à réaliser.

PS : Si Bouygues a lancé le mouvement et que les autres opérateurs (Orange et SFR) ont suivi, Free est en panne sèche sur ce nouveau marché, pourtant porteur. Déjà plutôt mal en point, l’opérateur d’Iliad pourrait bien mourir à cause de cet échec industriel qu’est le retard au lancement du quadruple-play. Le marché étant verrouillé par les grands opérateurs, a fortiori quand Free se lancera (en 2012), la seule solution pour percer sera d’écraser considérablement des prix par ailleurs déjà bien bas. Mais Free a-t-il encore les moyens de cette ambition ?

Fantasfibre

Rachat du journal le Monde : les bidonneurs aux premiers postes

Voici deux événements qu’il est intéressant de mettre en lumière car ils apportent des éclairages sur les liens entre sphère politique, sphère médiatique et sphère industrielle. Je veux parler de la volonté affichée du patron d’Iliad-Free, Xavier Niel, d’entrer dans le capital du Monde, et d’un autre événement passé assez étrangement inaperçu, la suspicion du bidonnage de l’émission E=M6 consacrée aux boxs internet.

Premier mouvement, donc, le rachat du Monde, avec plusieurs candidats en lice. Xavier Niel, charismatique (et un peu sulfureux) patron de la maison-mère de l’opérateur Free, se met sur les rangs, associé à Pierre Bergé (l’homme d’affaires omniprésent) et Matthieu Pigasse (banque Lazard).

Le trio détonne et l’Elysée a déjà fait savoir que le président Sarkozy n’était pas vraiment motivé à l’idée de faire entrer dans le grand quotidien du soir « l’homme du peep-show ». Mais personne n’est dupe, ce n’est pas la fortune de Niel, issue du Minitel Rose, qui gêne le président, mais bien le risque qu’il représente pour ses proches dont l’opérateur téléphonique Bouygues, mais également Orange dont l’Etat est actionnaire à 26,7%.

Xavier Niel a lutté des années pour obtenir la 4e licence de téléphonie mobile 3G qui va lui permettre d’aller remuer un peu ce bourbier oligopolistique constitué par les opérateurs dits « historiques », maintes fois condamnés pour entente. L’autre raison de la mise en garde présidentielle, c’est la position de Niel contre l’Hadopi, une tactique qui lui a gagné la faveur des internautes.

Mais doit-on pour autant blanchir complètement Xavier Niel ? Pas si sûr, si l’on regarde le 2e évènement, ce reportage bidonné paru dans l’émission E=M6 sur le sujet des « boxs » internet. Nous y avons vu évoluer, enthousiastes de leur Freebox, une famille « témoin » composée… de l’attachée de presse et du directeur marketing de Free, à savoir Isabelle Audap et Christophe Reunier. ça la fout mal, et c’est encore peu dire. Une « commande » de la sorte de la part d’un groupe dont le patron souhaite reprendre le quotidien de référence en France, c’est franchement osé. Mieux, ce qui semble confirmer ce bidonnage de haut vol est précisé par l’excellent site d’analyse des médias Arrêt sur Images :

« Le reportage semble bien pourtant faire la part belle aux Freebox. Certes, le nom “Freebox” est flouté. Mais on reconnaît aisément de quel modem il s’agit. De plus, un technicien Free, cette fois-ci présenté comme tel, intervient pour donner des explications de branchement. Le reportage présente enfin des “fonctionnalités exclusives à Free, comme la possibilité de programmer ses enregistrements à distance sur son iPhone avec un logiciel tel que FreeGo,” souligne Freenews. »
La vidéo est délicieuse et je vous la recommande chaudement.

La communication de Free, dans des temps troublés (récemment détroné par SFR comme opérateur internet alternatif de référence) ne doit pas s’abaisser à cela au vu des risques que cela fait courir au groupe. Et j’ai envie de dire, bye-bye pour les ambitions de maître du “Monde”.

Fantasfibre