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Free ou comment “Hadopi m’a sauver le bridage”

Free a décidément l’art de surfer sur les bons plans de communication, il faut au moins leur reconnaître cette qualité, à défaut du reste (je vous renvois à l’un de mes posts précédents concernant les raisons qui ont fait que SFR a doublé Free sur le marché de l’ADSL). Si vous suivez l’actualité de ce passionnant secteur qu’est celui des FAI, vous n’avez pas pu échapper cette semaine à la passe d’armes entre Free et Numericable, deux acteurs qui se sont écharpés au sujet de l’Hadopi.

Bref rappel des fait. L’Hadopi, grand satan des internautes, a commencé à envoyer les mails aux premiers utilisateurs qui sont en infraction. Les opérateurs sont dans une situation complexe face à l’installation de cette autorité, puisqu’ils sont dans l’obligation de relayer les mails de l’Hadopi, ce qui les place en porte-à-faux par rapport à leurs abonnés.

Quelle tactique adopter ? Pour Free, c’est tout vu, la stratégie est de s’opposer (au moins médiatiquement) à l’Hadopi en jouant sur les ambiguïtés d’un texte de loi dont il faut dire qu’il n’est techniquement pas à la hauteur. Les autres opérateurs ont de leur côté suivi un légalisme strict, en relayant les mails de l’Hadopi tout en affichant une gêne, voire une opposition (comme en témoigne la lettre commune des opérateurs au sujet de la facturation de la riposte graduée). Numericable, et Bouygues, ont été les premiers à relayer ces mails. Leur position est plus légaliste (on relaye les mails de l’Hadopi) avec un argument de protection des abonnés qui n’est pas idiot (en gros, si je transmets les mails de l’Hadopi à mes abonnés, je leur permets d’être au courant de ce qui leur arrive, et je peux les aider, à contrario, ne pas les envoyer, c’est leur faire courir le risque d’être pris la main dans le sac à un stade plus élevée de la riposte graduée).

 

Jusqu’à l’épisode de cette semaine, que je tente de résumer. Numericable a envoyé une lettre à l’Hadopi pour dénoncer la stratégie de Free, qui, selon le câblo-opérateur, tente de “tirer un bénéfice concurrentiel” de cette opposition, qualifiée un peu à la hâte (je sens déjà venir la fronde des Freenautes, que je me permets de déminer en leur suggérant d’être franchement moins naïfs face à la bonté supposée de leur opérateur, faut-il rappeler le différend entre Xavier Niel et la communauté du Libre au sujet du firmware de la Freebox ?). Eh oui! En m’opposant au grand satan des internautes, je deviens tout de suite plus attractif.

Ce procédé me fait, je dois l’avouer, franchement rigoler. Ou comment Free se sert opportunément de l’affaire Numericable/Hadopi pour se poster en “chevalier blanc” des internautes, un terme qui revient régulièrement dans les commentaires. Car jusqu’à cette affaire, c’est plutôt Free que l’on soupçonnait de jouer avec les connexions de ses abonnés. Le Journal du Geek titre ainsi avec humour fin septembre “Il a Free, il a l’Internet bridé ?”, reprenant les rumeurs d’un bridage. Les quelques 400 commentaires du billet (excusez du peu !) confirment presque tous la chute du débit de la connexion sur les sites… de P2P, de téléchargement direct (notamment sur MegaUpload) et streaming… des usages précisément ciblés par l’Hadopi.

Quand le sage désigne la lune, l'idiot regarde le doigt

Donc, de deux choses l’une :

1. Soit Free, comme tous les opérateurs, se positionne sur l’Hadopi, mais d’une traître manière, en s’opposant à la surface pour gagner des points auprès de sa cible (les technophiles, comme l’illustre la campagne de pub avec Rodolphe, même si Free en expérimente les limites), et en bridant en coulisse l’accès aux sites sensibles, histoire de dégouter ses abonnés de cet usage, et de les orienter vers sa plateforme de catch-up et de Vod légale (et payante, bien sûr).

2. Soit Free, qui fournit une connexion ADSL (ne venez pas m’enquiquiner, et je suis poli, avec la fibre de Free, tout le monde l’attend depuis 2006, encore une fois, enlevez vous le sable des yeux avant d’ouvrir le feu), prend conscience de la limite de cette technologie qui permet à peine (et selon votre distance du NRA) de visualiser des programmes TV HD, et en limite par bridage l’utilisation sur certains sites, mettant à mal le concept de neutralité du net, cher également au coeur des internautes.

Dans les deux cas, je suis étonné que le coup de com de Free semble avoir marché, en tout cas à en lire les réactions des différents articles (à quelques lucides près). Affaire à suivre dans tous les cas, un retournement n’est pas à exclure.

Fantasfibre

Orange et la 3D. Quelqu’un y croit ?

Voilà une nouvelle de plus dans le champ de la 3D, qui suscite bien des convoitises. Ce sont les anglais qui avaient « tiré les premiers », si l’on peut dire, fin janvier. La chaîne Sky avait équipé neufs « pubs » pour permettre la diffusion d’un sommet du championnat, Arsenal-Manchester, en 3D. Histoire de tester le terrain (et, peut-être, la réaction au port des lunettes spéciales). L’une des têtes de Sky avait alors confirmé que « 2010, c’est l’année de TV en 3D », en se référant, évidemment, au succès d’Avatar de par le monde.

La nouvelle, on y vient, c’est celle de la diffusion de Roland Garros en 3D. Le sport, on le comprend, est un champ d’application spectaculaire pour la 3D (plus que pour Dr. House, je veux dire). Ce n’est pas comme si c’était une vraie première : Orange avait déjà captés plusieurs événements en 3D (du sport et de l’opéra). Techniquement, cette diffusion se fera sur un canal normal, c’est à dire non configuré exclusivement pour la 3D. Le flux envoyé serait lui aussi normal (pas en Full HD 120 Hz), chaque image contiendrait en fait deux images, avec une définition de moitié en largeur. C’est le téléviseur 3D (un Panasonic Viera VT20) qui s’occupera alors de découper de flux pour permettre l’affichage en 3D, mais sur des résolutions assez petites (au mieux 960 x 1080 px).

Une image en contiendrait deux… voilà, pour ce qui m’intéresse aujourd’hui, un sacré obstacle technique si l’on veut que la 3D atteigne un marché de masse : par quels tuyaux toutes ces données vont-elles passer ? Ne croyez pas qu’un ADSL suffira, cette techno vieillissante commence déjà à montrer ses limites. Pour vous donner un ordre d’idée, les images actuelles d’une TV HD exigent un débit de 10/15 mégabits/seconde… c’est déjà beaucoup pour le fil de cuivre, preuve en est les nombreux « sauts » que l’on subit sur les matchs de foot ou les séquences de films plus intenses. La TV 3D, elle, exige un minimum de 50 à 90 mégabits/seconde pour produire en simultané les 9 images HD nécessaires. Excusez du peu, mais il va falloir agrandir les tuyaux, et pas qu’un peu.

Les solutions actuelles sont au nombre de trois :

* le satellite. Le gros problème de cette techno, c’est l’abonnement prohibitif, compter près de 150€ au vu des restrictions de débit et de quotas de volume pour les forfaits de base. Les deux chaînes vraiment 3D existantes, ESPN 3D et DirectTV 3D, aux Etats-Unis, passent par satellite avec une bande passant dédiée à cet usage. On peut donc supposer que ce ne sera pas le meilleur moyen d’atteindre un public de masse (on attend 20 millions de foyers connectés 3D dans le monde en 2013)

* la fibre. Avec seulement 60 000 abonnés FTTH/FTTB et un retard de la France dans le déploiement (on remerciera Orange d’avoir mis en sommeil ce développement pendant deux ans avant de se réveiller au début de l’année en promettant 2 miliards d’investissements), le marché de masse est encore loin.

* le câble. Avec près de 200 000 des 250 000 abonnement très haut débit recensés en France (Clubic) et les meilleurs débits, c’est encore la meilleure option pour la 3D, reste, évidemment, le problème de l’éligibilité.

Conclusion : Orange sur la 3D, avec ses 33 000 abonnés fibre, a encore du chemin à faire, sauf à donner de faux espoirs à ses abonnés ADSL.

Fantasfibre