FAI et box internet : le choix de 60 millions de consommateurs

Un nouveau classement des opérateurs, voilà qui devrait continuer d’apporter sa pierre à l’édifice déjà bien complet des différentes évaluations des offres internet/TV/téléphone proposées dans le cadre des forfaits triple play, ou 3P. Pour rappel, les derniers classements qui ont retenu l’attention du web étaient celui de l’Internaute, dans son 16e baromètre des performances des FAI (vainqueur surprenant : Numericable). Cette fois-ci, c’est le magazine 60 millions de consommateurs qui s’y est collé, et le résultat est intéressant, puisque cette publication très suivie recommande dans son podium la BBox de Bouygues Telecom, dont nous avions parlé plutôt négativement en ce qui concerne ses fonctions avancées, la Dartybox, qui repose sur le réseau de Numericable, et justement, quand on parle du loup, le câblo-opérateur, 3e de ce classement.

L’intérêt d’un classement maintenant ? Il est double, selon mon analyse.

  1. D’abord, parce qu’avec la montée en puissance des débits et des nouveaux usages, il est utile de se repérer. Vous voulez jouer en ligne ? Regarder un film en HD ? Profiter des téléchargements ? Alors il vous faut un débit, un vrai. Vous connaissez ma position : l’ADSL n’a plus grand chose à offrir, et même la télé HD passe de plus en plus mal sur de l’ADSL (qu’il soit ADSL 2 ou ADSL + n’y change rien). Donc : la fibre optique, version FTTH pour Orange, Free, SFR, version FTTLA pour Numericable et ses co-contractants Darty, Auchan et Bouygues.
  2. Autre moment particulier de ce test, celui de l’actuelle montée en prix des forfaits 3P. Ah, il est loin le bon temps du “tout compris” à 30 euros, initialement proposé par Free. D’ailleurs, l’offre ne correspond plus vraiment à une demande de plus en plus segmentée (je ne veux pas la TV, mais je veux du téléphone à l’international, etc). En changeant leurs tarifs, les opérateurs vont tous, momentanément, libérer des abonnés généralement captifs d’abonnement à engagement long (sans parler des gênes occasionnées par un déménagement de ligne – si vous en avez un au moins un à faire dans votre vie, vous voyez ce dont je veux parler).

Un bon test, donc, qui tombe au bon moment, et dont je me suis permis de vous scanner le principal tableau comparatif, pour avoir en un coup d’oeil les infos principales. Je vous laisse juge du candidat le plus intéressant pour votre nouvel abonnement…

Fantasfibre

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SFR et Paris Habitat : l’histoire d’un désastre

C’est une histoire qui avait pourtant si bien commencé. Un marché énorme qui s’ouvre, des opportunités grandes comme ça, du cash qui coule à flot… Tout ça pour ça : un désastre social, lequel pourrait bien devenir économique.

Souvenez-vous, c’était en 2007. A l’époque, Neuf-Cegetel remporte l’appel d’offre de Paris Habitat (office HLM de Paris) pour installer la fibre optique dans les logements. Comme le rappelle Ecrans.fr (qui cite Libération) : « Pour 1,05 euro par mois inclus dans les charges, SFR promettait un petit nirvana : connexion internet bas débit 512 Kbps (juste suffisant pour relever ses courriels), ligne de téléphone pour recevoir uniquement des appels, et les chaînes de la TNT en haute définition. »

Il faut toujours savoir lire entre les lignes… Mais ici, pas d’astérisques pernicieux, simplement une arnaque en bonne et due forme. Les pauvres habitants des HLM gérées par Paris Habitat se sont vus remplacés leur bonne vieille ligne France Télécom par une ligne SFR sans demande aucune. Pire : certains locataires ont été connectés au haut débit… sans posséder d’ordinateurs.

Sur le blog consacré aux nouvelles connexions Internet de Paris Habitat, les internautes s’en donnent à cœur joie. 1832 commentaires sont à ce jour postés. Si beaucoup sont des questions basiques, un nombre loin d’être négligeable reste des critiques et accusations très acerbes. Florilège :

– « Comme toujours on nous propose ce que l’on nous impose !
»

– « Vous aurez une augmentation sur votre quittance de 1,19€ par mois pour un service parfaitement inutile pour le locataire sauf pour le fournisseur et…? Je vous laisse mettre un nom. »

– « Je viens de recevoir un courrier concernant votre offre.
 Sauf erreur de ma part : il me semble que je n’ai pas le choix je dois automatiquement réglé la somme de 1,19euros même si je n’accepte pas cette offre… »

– « Encore une grosse arnaque entre le bailleur est SFR ! Pour s’en mettre plein les fouilles sur le dos des couillons qui non pas les moyen de devenir proprio. »

Il faut louer le volontarisme de Paris habitat ; mettre en place ce blog et surtout répondre aux tombereaux de commentaires n’a pas dû être une sinécure. Et pour cause, les accusations étaient parfois tellement légitimes et/ou véridiques que le correspondant avait du mal à se dépatouiller des critiques…

Issue classique : le client a mal lu. « Je pense que vous avez mal lu, en effet vous n’avez aucune obligation de changer de fournisseur car le triple play social de l’OPAC est conçu pour cohabiter avec tout type d’abonnement chez n’importe quel FAI. » En théorie, oui, mais en pratique, les locataires se sont bien fait refourgués de multiples offres SFR sans n’avoir jamais manifesté une quelconque demande…

L’opération d’installation de la fibre devait finir en juin 2010. Le cauchemar est donc terminé. Terminé ? Pas encore : ne reste plus qu’à réparer les dégâts (abonnements non voulus, factures indus, prélèvements abusifs…). « Plus qu’à »… Résultat des courses : de très nombreux locataires en furie à cause d’un fournisseur qui aura marqué au fer rouge ses clients, aimablement pris pour des pigeons en puissance : SFR.

Fantasfibre

Bbox/quadruple play : l’abonnement des néophytes

Une belle promesse. Voilà ce qu’était la sortie de Bouygues avec sa Bobx et son offre quadruple-play. Quelques neuf mois plus tard, il faut malheureusement employer le passé car les promesses faites n’ont été que partiellement respectées. Si l’offre a indéniablement l’avantage de la simplicité et du prix pour les utilisateurs lambda, la Bbox se révèle un cauchemar dès lors que l’on veut pousser plus avant les possibilités de la machine.

500 000 clients. Bouygues annonçait fièrement, fin mars 2010, avoir convaincu 500 000 particuliers ou entreprises de s’abonner à sa nouvelle offre « Quadruple play », c’est-à-dire triple play + téléphonie mobile. Une réussite ? Commercialement, c’est incontestable. Mais qu’adviendra-t-il dans les prochains mois ? Qu’arrivera-t-il quand Bouygues aura atteint ce qu’il considère comme un quota financier rentable ? Ces offres affichant un tarif très compétitif ne seront-elles pas remises en cause ? Cela étant, avant toutes ces spéculations, la question qui prime reste : l’offre de Bouygues est-elle digne d’intérêt ?

Connexion et très haut débit : l’illimité limité

Pour bien comprendre de quoi il en retourne, il faut tout d’abord connaître le postulat classique des offres incluant l’Internet mobile : le tout illimité est en réalité intégralement limité. Le débit se détériore après 500Mo de données échangées, et le surf après cette limite devient un enfer. Or, 500 Mo, c’est deux heures de télévision mobile, quelques mails échangés et basta !

Une limitation critiquable à plus d’un titre. Pour rire d’abord, on rappellera que TF1 appartient au groupe Bouygues, et que son application est disponible sur les mobiles… Plus sérieusement ensuite, l’Internet mobile dépassera l’Internet fixe dans 5 ans. Un changement majeur qui induit un même bouleversement de la part des opérateurs. Pour l’instant, c’est à se demander si les opérateurs ont bien mesurer cette révolution. Pour profiter pleinement de la Bbox, au moins concernant le mobile, il vaut mieux être « télévisionphobe », donc… Certes, tel est le cas pour tous les opérateurs, mais Bouygues se doit de tenir son rang s’il se revendique porteur d’innovations.

Ensuite, si la fibre optique est prévue pour ces offres, c’est en réalité un leurre. Bouygues ne peut offrir la fibre optique uniquement là où les infrastructures le permettent. L’offre de Bouygues, concernant son très haut débit, sera donc uniquement appréciable par une clientèle réduite à une minorité de la population. Rappelons cependant que Bouygues utilise le câblage de Numéricable pour ses offres Internet, un câblage qui est limité, même s’il progresse et n’est plus cantonné à un petit nombre de grandes villes.

Un prix cache-sexe

Par ailleurs, le prix de l’abonnement, apparemment compétitif, est le résultat d’un habile tour de passe-passe. Indépendamment des habituels frais de location ou d’achat de la box et des éventuels mensualités payées pour rien à cause d’un démarrage douloureux, les 30 euros proposés pour la partie Internet du forfait sont compensés par l’investissement dans la téléphonie mobile.

En clair, maintenant qu’il est acté que les FAI sont en capacité de proposer des offres triple-play à 20 euros par mois (notamment Numéricable et Alice), les 10 euros restant sont soient empochés directement par le FAI soit compensés par une offre de consommation supplémentaire, ici le forfait de téléphone portable. Un forfait grâce auquel les opérateurs peuvent toujours engranger des gains conséquents, notamment en raison des dépassements de forfait (pourtant « illimités ») ; dépassement de la connexion Internet ou dépassement des numéros appelés (129 au maximum par mois).

Par ailleurs le principal argument de vente est d’économiser sur son forfait téléphonique, qui peut parfois dépasser les 70 euros, l’abonnement quadruple-play étant à 99 euros le mois, abonnement téléphonique compris. Mais l’internet mobile de Bouygues n’offre aucun avantage particulier, puisque le débit baisse après 500Mo, à l’instar peu ou prou de tous les opérateurs. Sauf à avoir un forfait dépassant les 60 euros, c’est l’intégralité du nouvel abonnement de Bouygues qui devient peu intéressant, puisque ses autres composantes sont peu ou pas novatrices (Internet + fixe + TV à 30 euros).

Abonnement quadruple-play : aspirine, paracétamol, dictionnaire et patience

Enfin et surtout, la Bbox a tout l’air d’un produit manifestement inachevé. Offrant des possibilités très alléchantes, la box déçoit pourtant dès lors que l’utilisateur sort des sentiers battus, c’est-à-dire du simple surf. Pour profiter plus avant de la machine, seuls les techniciens cadres de Bouygues s’en sortiront. Et encore : il leur faudra avoir un bon tube d’aspirine et être multilingues : la traduction de l’interface est incomplète et explorer les fonctions de routeurs revient à se plonger dans un labyrinthe dont on ressortira exténué, sans pour autant avoir trouvé la sortie.

Si l’ensemble est donc pour partie décevant, l’offre quadruple-play de Bouygues a néanmoins le mérite de pousser à l’écrasement des prix, au bousculement des dinosaures du secteur, et même – rêvons – à l’innovation. Si ses 500 000 clients sont une incontestable réussite, Bouygues n’a cependant aucun espoir de convaincre les technophiles avec sa box outrageusement complexe d’utilisation dès lors que l’on veut explorer les routeurs (moduler sa box devient néanmoins, depuis peu, une fonction permise plus facilement par certains opérateurs).

A l’objectif d’atteindre un grand public grâce à une accessibilité simple, tout en touchant les professionnels ou amateurs passionnés grâce à des possibilités assez avancés, Bouygues s’arrêtent à mi-chemin. Une constatation pas illogique sur le plan financier – le grand public représente le tiroir caisse – mais regrettable sur le plan technique. Gageons néanmoins que Bouygues se rattrapera via les mises à jour qu’elle ne tardera pas à réaliser.

PS : Si Bouygues a lancé le mouvement et que les autres opérateurs (Orange et SFR) ont suivi, Free est en panne sèche sur ce nouveau marché, pourtant porteur. Déjà plutôt mal en point, l’opérateur d’Iliad pourrait bien mourir à cause de cet échec industriel qu’est le retard au lancement du quadruple-play. Le marché étant verrouillé par les grands opérateurs, a fortiori quand Free se lancera (en 2012), la seule solution pour percer sera d’écraser considérablement des prix par ailleurs déjà bien bas. Mais Free a-t-il encore les moyens de cette ambition ?

Fantasfibre

Rachat du journal le Monde : les bidonneurs aux premiers postes

Voici deux événements qu’il est intéressant de mettre en lumière car ils apportent des éclairages sur les liens entre sphère politique, sphère médiatique et sphère industrielle. Je veux parler de la volonté affichée du patron d’Iliad-Free, Xavier Niel, d’entrer dans le capital du Monde, et d’un autre événement passé assez étrangement inaperçu, la suspicion du bidonnage de l’émission E=M6 consacrée aux boxs internet.

Premier mouvement, donc, le rachat du Monde, avec plusieurs candidats en lice. Xavier Niel, charismatique (et un peu sulfureux) patron de la maison-mère de l’opérateur Free, se met sur les rangs, associé à Pierre Bergé (l’homme d’affaires omniprésent) et Matthieu Pigasse (banque Lazard).

Le trio détonne et l’Elysée a déjà fait savoir que le président Sarkozy n’était pas vraiment motivé à l’idée de faire entrer dans le grand quotidien du soir « l’homme du peep-show ». Mais personne n’est dupe, ce n’est pas la fortune de Niel, issue du Minitel Rose, qui gêne le président, mais bien le risque qu’il représente pour ses proches dont l’opérateur téléphonique Bouygues, mais également Orange dont l’Etat est actionnaire à 26,7%.

Xavier Niel a lutté des années pour obtenir la 4e licence de téléphonie mobile 3G qui va lui permettre d’aller remuer un peu ce bourbier oligopolistique constitué par les opérateurs dits « historiques », maintes fois condamnés pour entente. L’autre raison de la mise en garde présidentielle, c’est la position de Niel contre l’Hadopi, une tactique qui lui a gagné la faveur des internautes.

Mais doit-on pour autant blanchir complètement Xavier Niel ? Pas si sûr, si l’on regarde le 2e évènement, ce reportage bidonné paru dans l’émission E=M6 sur le sujet des « boxs » internet. Nous y avons vu évoluer, enthousiastes de leur Freebox, une famille « témoin » composée… de l’attachée de presse et du directeur marketing de Free, à savoir Isabelle Audap et Christophe Reunier. ça la fout mal, et c’est encore peu dire. Une « commande » de la sorte de la part d’un groupe dont le patron souhaite reprendre le quotidien de référence en France, c’est franchement osé. Mieux, ce qui semble confirmer ce bidonnage de haut vol est précisé par l’excellent site d’analyse des médias Arrêt sur Images :

« Le reportage semble bien pourtant faire la part belle aux Freebox. Certes, le nom “Freebox” est flouté. Mais on reconnaît aisément de quel modem il s’agit. De plus, un technicien Free, cette fois-ci présenté comme tel, intervient pour donner des explications de branchement. Le reportage présente enfin des “fonctionnalités exclusives à Free, comme la possibilité de programmer ses enregistrements à distance sur son iPhone avec un logiciel tel que FreeGo,” souligne Freenews. »
La vidéo est délicieuse et je vous la recommande chaudement.

La communication de Free, dans des temps troublés (récemment détroné par SFR comme opérateur internet alternatif de référence) ne doit pas s’abaisser à cela au vu des risques que cela fait courir au groupe. Et j’ai envie de dire, bye-bye pour les ambitions de maître du “Monde”.

Fantasfibre

Free ou le mauvais usage des ventes privées

Voilà une nouvelle qui me fait doucement rigoler : le FAI Free programme un déstockage de ses Freebox et l’offre triple-play sur le site ventes-privees.com (01Net), et pense par la même sortir quelque peu d’une ornière dont il n’arrive pour l’instant pas à sortir. Dur sort pour l’ex trublion de l’Internet à la française et voici pourquoi.

Tout d’abord, Free n’innove pas réellement en lançant ce type d’opération, puisque Numericable, le cablo-opérateur, avait déjà développé ce nouveau canal de vente en mars, sur le site Achat VIP (01Net). L’idée était alors de profiter de la belle croissance du secteur de l’e-commerce comme le montre ces statistiques de la Fevad (voir leur rapport), l’association qui regroupe les principaux acteurs de la vente à distance. Free ne fait donc que suivre le mouvement, un peu contraint également par l’absence de boutiques « physiques ». Mais d’autres éléments montrent qu’il s’agit d’une opération assez tendancieuse.

Comme je l’avais souligné il y a peu, Free ne va pas bien depuis le départ de son ancien DG Michel Boukobza, et la lente glissade s’est transformée en coup dur puisque le mois dernier, SFR, très (trop ?) actif dans ses recrutements, a dépassé Free comme numéro 2 des FAI… et d’aucuns prédisent que Free pour passer 4e avant la fin 2010 avec la montée en puissance de Bouygues et des autres FAI. Il y a donc, pour Free, plus urgence que véritable désir de recruter sainement, d’autant plus que l’offre arrive peu avant la prochaine évolution de la Freebox.

C’est en effet une opération de déstockage de la Freebox v5 qui doit permettre à Free de se débarrasser de cette box déjà vieille et que ses utilisateurs stigmatisent régulièrement comme bugée (allez faire un tour sur les commentaires d’Univers Freebox, c’est assez raide). Free mise beaucoup sur sa prochaine box, la v6, dont la sortie a été plusieurs fois repoussée et qui devrait être commercialisée à la fin de l’été ou au début de l’automne. Mais refourguer les vieilles box buggées pour recruter de nouveaux clients, c’est un vrai risque que l’opérateur prend. Celui de faire grandir toujours plus un vivier d’abonnés mécontents. ça n’est pas pour rien que l’opérateur est régulièrement le plus mauvais élève de la classe, l’Expansion affirmant même que l’observatoire des plaintes de l’AFUTT font que « Free conserve le bonnet d’âne en 2009 ».

L’opération sur ventes privées ne s’apparente selon moi pas à un bon mouvement, même si l’inaction du côté de Free n’est pas non plus envisageable alors que son arrivée sur le marché du mobile est de plus en plus compliquée par les trois larrons Orange, SFR et Bouygues qui semblent s’être fait un devoir de lui mettre des bâtons dans les roues.

Fantasfibre




Au coeur des réseaux câblés avec DegroupNews

Les amateurs et professionnels des télécoms sont servis, je me permets de vous relayer et de vous recommander chaudement ce reportage de DegroupNews qui a été invité par Numericable à visiter leurs installations dans le Rhône. Un département dans lequel le cablo a récemment atteint le cap des 240 000 foyers connectés en très haut débit avec 7 têtes de réseau (dont celle qui fait l’objet du reportage) et 280km de réseau de fibre optique selon Echos du Net.

Le dossier de DegroupNews, de près de 10 pages web, est une vraie première pour qui s’intéresse, au-delà du cas de cet opérateur, à la manière dont fonctionnent l’Internet et son réseau physique.

Prenons les éléments du dossier un par un :

  • Le renouvellement d’un réseau très ancien. Dès 1990, le Conseil Général parie sur le câble, d’abord pour la diffusion de l’audio-visuel, puis pour la téléphonie et Internet. Passés les couacs de la sombre période Noos, certains services publics innovent dan les usages, comme la réalisation d’un intranet public entre tous les collèges, mairies et bibliothèques du département. En 2009, de nouveaux contrats sont signés pour passer du haut-débit au très haut débit, avec une architecture réseau détaillée dans cette carte (7 têtes de réseau des communes rassemblées dans l’EPARI + en rouge la tête de réseau lyonnaise) :

  • Les têtes de réseau sont le véritable cœur du sujet, et l’on est vraiment dans le cœur de l’Internet puisque c’est là qu’il y a une connexion au backbone national (allez voir sur Wikipédia, c’est le squelette du web). La tête de réseau est conçue de telle manière que deux flux arrivent et en repartent, pour avoir en permanence une « voie de secours » et ne pas laisser un département clé en rade. Une tête de réseau a deux fonctions : le routage des signaux au niveau du backbone et la gestion du trafic internet. Le tout permet du très haut débit (THD, jusqu’à 1 Gbit/s) et donc les usages futurs des écrans (3D, notamment).

  • Le raccordement des zones d’ombres, pour réduire la fracture numérique et ne pas laisser les zones les plus reculées avec des connections bas débit (ou pas de connection tout court). En ce moment, l’Europe souhaite faire du haut débit une service universel, c’est à dire aussi indispensable que l’eau et l’électricité. Du coup, sur le câble, on raccorde par voie souterraine ou en aérien, pour ceux que ça intéresse, la page du reportage vous montre ce qui se cache sous les fameuses armoires que l’on trouve un peu partout dans le paysage urbain et rural (pas toujours en très bon état, d’ailleurs). L’enjeu n’est pas seulement démocratique (l’Internet haut débit pour tous) mais bien économique puisque les professionnels (artisans, entrepreneurs) locaux ne peuvent envisager de développement qu’avec un réseau digne de ce nom.

  • Enfin, les perspectives de développement sont intéressantes. On apprend ainsi que la technologie FTTLA utilisée par Numericable (la fibre optique est installée jusqu’au dernier amplificateur) pourrait supporter des débits symétriques. C’est à dire qu’aux 100 Mbits annoncés dans les publicités qui correspondent au débit descendant, vous auriez 100Mbits en débit ascendant, ce qui ne sert pas qu’à « uploader » des fichiers lourds comme des vidéos mais aussi à améliorer le rapidité globale de la navigation. Mais l’opérateur estime pour l’instant que les usages particuliers ne justifient pas l’investissement… on en reparlera surement !

Encore une fois je vous recommande chaudement d’aller potasser l’intégralité du dossier qui est techniquement de très bon niveau, avec des photos du « cœur de l’internet » comme on en voit assez rarement.

Fantasfibre

Free doublé par SFR : les raisons d’un mécontentement

On dirait bien que la roue à tourné pour Free… Le FAI, à qui l’on a attribué assez hâtivement le titre de trublion (rappel : il s’agit d’une entreprise. innovante, mais d’une entreprise avant tout), semblait en passe de pouvoir écarter peu à peu les concurrents du secteur pour se faire une place au soleil. Aujourd’hui, l’entreprise de Xavier Niel, son charismatique (ou irritant, en tout cas il ne laisse pas indifférent) PDG, semble avoir perdu la main.

La semaine dernière, Free s’est fait ravir sa place de 2nd opérateur sur l’ADSL par SFR (ITEspresso), un opérateur aux techniques souvent décriées car trop agressives, mais qui semble au contraire sur un boulevard. Plus que ce résultat purement quantitatif (4,592 millions d’abonnées SFR contre 4,504 pour Free), il est intéressant de creuser un peu le web pour connaître les raisons de cette chute. Et c’est dans les commentaires du site de freenautes le plus important, UniversFreebox, que l’on peut trouver des explications, que voici :

Le manque d’innovation technologique :
« La force de Free a toujours été de la recommandation des “freenautes” envers leurs proches…. maintenant c’est surement moins vrai vu le peu de nouveauté et l’avance technologique n’est plus qu’un beau souvenir… ». Ce point est justifié. Free avait su batir sa réputation notamment en incitant les développeurs à travailler bénévolement pour lui (voir le concept des Elixir Dev Days) et au reste. Aujourd’hui, la Freebox est (très) buggée, les mises à jour se font attendre et la concurrence la dépasse par tous les côtés.

La hotline payante :
« Ça n’arriverait probablement pas si la hot-line était un peu plus efficace. », « Merci également à Madame Berge. Elle a certainement réalisé d’énormes économies en délocalisant massivement la Hot line, mais voici le résultat. », « L’erreur est terrible elle doit lui faire perdre facilement la moitié des recrutements. ». L’erreur est inexcusable, je n’en rajouterai pas sur cette relation au client que l’on rend coupable d’avoir un problème sur sa ligne, chose qui arrive chez tous les opérateurs.

Parts de marché des opérateurs sur l’Internet, au troisième trimestre 2009… Free était encore second

l’image d’un FAI trop « geek »
« la pub Rodolphe a fait beaucoup de mal auprès des non-geeks un peu aisé. », « Ce qui intéressent les “gens c’est,’adsl, la TV DD , le téléphone. Programmer les enregistrements TV depuis ses WC , aucun intéret. ». On rejoint la première critique, puisque si construire la marque par la technophilie à l’époque pouvait se comprendre (conquérir les early-adopters de l’ADSL), en 2010, tout le monde ou presque a Internet, notamment l’ADSL, et le grand public attend autre chose d’un opérateur que du bidouillage électronique.

les promesses non tenues :
« SFR dégroupe sans faire de promesse, free fais des promesses mais ne dégroupe pas (cf en Ariège 09) », « Free me fait penser a cette grenouille qui se voyait plus grosse que le boeuf. A vouloir en faire de trop on ne fait rien de bien », « Parce que Free annonce tout avec deux ans d’avance et n’a donc plus aucune crédibilité dans ce domaine, tant au niveau du contenu que des dates. ». Parcourez donc les forums et sites d’abonnés à Free, ce regret revient très souvent, au point qu’effectivement, on a l’impression de Free court sans jambes ni baskets, ce qui finit par se voir.

les erreurs tactiques de Lombardini :
« Les seuls moyens que Free veut se donner c’est de faire la pub pour une augmentation de l’abonnement … Bonjour la stratégie Lombardini. », « L’opposition avec l’UFC Que Choisir est un non sens qui nuit gravement à l’image de marque du groupe et l’enferme dans une logique largement dépassée par ses concurrents. Merci encore à la tête pensante de Free ! ». Le départ de Michael Boukobza à l’été 2007, alors DG de Free, semble marquer chez les abonnées, une véritable cassure.
les techniques de harcèlement de SFR :
« Je confirme, je viens d’acheter un appartement neuf dans le grand lyon, et sfr m’a appelé au moins cinq fois pour que je prenne leur abonnement adsl ». J’ai fait personnellement l’objet de ces techniques mais comme j’étais intéressé j’ai rejoint SFR en abonnement téléphonie mobile… alors qu’Orange, précédemment, ne m’avait appelé. Attention cependant aux dérapages, comme les risques de procès avec Paris Habitat pour vente forcée (Ecrans).

la technique des croisements de fichiers de SFR :
« merci les croisements de fichiers client mobile/net/fixe sans ça SFR aurait moins recruté ». ça s’appelle du marketing et il est plutôt étonnant que Free ou quelque autre opérateur n’ait pas misé dessus.

C’est donc une mauvaise passe pour Free qui peut et doit se redresser car les mois à venir vont être décisifs pour l’opérateur qui doit, en plus de gérer son activité actuelle, installer des infrastructures pour la téléphonie mobile. A plus court terme, je vois 2 évènements qui seront des premiers points de passage pour Free :

  • l’augmentation attendu du forfait de base des offres triple play de 30 à 35€, qui risque d’accentuer la crise à moins d’offrir pour cette augmentation une véritable qualité de service supplémentaire
  • l’arrivée très attendue de la Freebox v6 sur laquelle reposent beaucoup d’espoirs

L’été va être chaud pour le FAI dont les abonnés espèrent en tout cas que le glissement actuel ne durera pas.

Fantasfibre